Jean Chrétien FAVREAU

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ARTS

 
         
       
 
La modernité est passagère
   
     

        Quand la modernité traverse le temps, elle devient classique. Souvent, elle est vite désuète.

        A un moment, il y a longtemps, la modernité était le modèle industriel. C'était la capacité de fabriquer des produits répétitifs à moindre coût, en mécanisant les tâches. Un pays capable de produire de la modernité comme celle là, était "évolué". Ensuite, la société spectaculaire marchande, génératrice d'hyper-consommation, a incarné la modernité. Ce modèle marche encore, selon une échelle de valeur désuète, dont on doit bien se demander si elle est la plus adéquate.

        Récemment, la modernité est devenue le profit au plus court terme. C'est l'ère financière et la loi du Marché. Un casino global. Les investisseurs hâtent la fin de l'humanité avec le maladif asservissement de mortels insatisfaits, capables de couper les branches des arbres fruitiers pour en accélérer la cueillette, capables de piller l'économie des pays et les ressources de la Terre, sans souci du long terme. Ah, le court terme ! Ça paraissait normal tant cet objectif était banalisé par les amplificateurs dévoués. Aujourd'hui, la planète est aux mains de robots financiers qui spéculent en dépréciant leur proie, des sauterelles mécaniques sur des pays apeurés qui n'osent pas encore destituer le dieu cupide adulé. Les valeurs se mesurent au pas des algorithmes et l'Univers en probabilité, c'est l'ère quantique, sans forme ni matière ni émotion. Tout va bien.

        La modernité est une chrysalide marginale. Actuellement se pose enfin avec accuité le fait que la planète n'est pas extensible et ses ressources non plus, ce qui donne une limite certaine à l'illusion un peu niaise de la croissance expansionniste. On a oublié la pulsation régulière des marées, le pouls de son propre cœur.

 

        Voir la modernité comme une idée transitoire, ne la diminue en rien, bien au contraire. La modernité est en train de se faire, ce n'est pas une idée fixe. Elle s'expérimente chaque jour, par tatonnement, par bricolage, là où les conditions d'existence peuvent évoluer, là où des solutions nouvelles doivent s'imaginer.

        L'impasse d'une modernité obsolète est atteinte quand la crédulité n'est plus possible. Tant que le modèle est accepté, il domine. Dès qu'il tombe, les mêmes qui lui léchaient les bottes, lui mordent maintenant les mollets. Chacun, très sensible à la règle qui ne lui porte pas dommage, choisit celle qui lui convient le mieux, tant qu'elle dure. Et que l'influence d'une autre règle ne lui fait pas changer d'avis. On s'adapte...

        Alors, on peut se demander ce qui pousse ceux qui, acteurs de l'innovation, la retiennent. Au cours des projets innovants que j'ai tenté de réaliser, à de rares exceptions près que je salue ici, j'ai rencontré le plus souvent des technocrates niais et incultes, des financiers conformistes aliénés au farouest financier du court terme, certaines officines publiques d'aide à l'innovation dévouées à l'absence de nouveauté, des organismes publics qui ne représentaient qu'eux-mêmes, bref une bande d'opportunistes vieillots, seulement réactifs à ce qui pourrait fragiliser leurs tabourets, en rien intéressés par une nouveauté qui ne collerait pas au script du film qu'ils plaquent sur leur comportement, et qui pensent qu'on pourrait les croire et supporter leur absence complète d'imagination sur le monde en train de se faire autrement que celui où ils s'illusionnent d'exceller. Ceci pour les moins pourris d'entre eux. Les autres ayant parfaitement compris leur intérêt dans un monde qui les domine, et le profit qu'ils pourraient en tirer.

        J'ai filé entre les mailles, à travers les franges. Zone explorée. Nanofrage.