Jean Chrétien FAVREAU

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Peur Bleue
 
Les Murées
 
   

Un film expérimental sur les entrepôts de Bercy à Paris, "lieu solitaire dans l'illusion collective" (avant qu'il ne soit transformé en jardin propret). La 1ère partie évoque le contrôle par une suite de séquences dont les durées sont proportionnelles au nombre d'or. Les images et les sons coincident par hasard, des situations s'imaginent. Dans la 2ème partie, l'errance dans les entrepôts de vin chemine par réminiscence.
Réalisé en 1980. Mis à jour en 2010.

 

Un tag magnifique en banlieue parisienne (Les Ardoines). Auteur inconnu... Recouvert depuis... Filmé en 2004.

 

 
             

LES ENTREPOTS DE BERCY, LIEU SOLITAIRE DANS L'ILLUSION COLLECTIVE
Édité en 1979 par les Éditions Anthropos dans "L'imaginaire, l'espace et le pouvoir urbain".

La Seine s'épanche dans le lit fluide en moindre effort qu'un moment éphémère de forces infiniment proportionnelles forme à la tangence des matières dissidentes. Aux rives de Bercy, 40 hectares enclos de grilles rouillées affleurent les nappes phréatiques du sous-sol, les membres des platanes en sont les piliers centenaires. Là s'échouaient au Moyen Age, lépreux et pestiférés, puis lieu du vin et de la vinasse, entrepôts prédisposés aux transports d'eau douce, cœur des béatitudes et délirium trémens, pour assouvir du liquide rouge à fleur de Seine, Paris théâtre de capitale, et dans la ville immense en différences "les paradis artificiels". Ce lieu est vide dans l'embouteillage du centre dense. Sa désoccupation alarme l'occupant comme le çhômage l'état, les loisirs les planificateurs, l'avenir l'inquiétude immédiate, et dans cet espace résiduel, les boursouflures des platanes font des fentes et rondeurs lubriques. Le lieu abandonné aux spasmes essentiels par la vacance provisoire des fonctions urbaines sent l'humus et la mousse. Dans les ruines de la première charge officielle, cette fin d'été 79, une chambre forte à porte blindée, déité des bulldoseurs, attend son ferrailleur, et les fours ouverts des cuves noires sont pleins d'ombre. Les prochaines démolitions, chiffres blancs sur fond gris, abritent encore caisses de comptes et coffres vides, cartons mous, bidons d'huile, paperasserie, saloperie, bouteilles vides, tessons, merdouilles et quelques chaises. Dehors la lumière des maisons basses sur les pavés silencieux, les arbres et les chats, ont valeur d'immesure. Vint la valeur mesurée en vélodrome, et la frénésie des inquiétudes totalitaires plantera son stade sur le creux hygiénisé. Jeté froid dans l'antre froid des mémoires collectives l'instrument fait un fâcheux Vel d'hiv. Dans ce circuit fermé, la valeur est chronométrée. Les cultuels de Timing s'efforcent de gagner du temps. 13 minutes 27 sec et ondizième d'un conte à la compte, c'est un spectacle au goût de turbin où la vérité collective aliène la valeur solitaire à la distance morale d'une excision temporelle. Le vélodrome n'est pas un espace ludique. C'est un espace d'illusion collective autour d'une piste fermée où l'attention se polarise sur les efforts d'un souffre douleur de la bécane. Là, 10.000 spectateurs seront captivés par quelques centièmes de secondes. Le spectacle forcené donnera l'illusion des retrouvailles autour d'une valeur dominante : l'occupation du temps. Par peur de l'instant variable, par crainte du différent, les cultuels de Timing en fixent la conclusion, le sens et sa durée, et plaquent l'immédiat sur ce rapt d'instantané. Ça fige la valeur du moment et met un terme à la variable-instant dont l'indicible démesure n'a de valeur que celle que nous lui donnons, interprètes de l'instant, pour une durée à la fois éphémère et constante. Ainsi le vélodrome de Bercy n'est-il pas seulement l'occupation d'un espace vacant, mais aussi du temps. Et puis quoi, le terme ultime par la peine et l'effort cela sent le fouet-centurion et la mise en croix d'un cycliste qui se met à mort. Pause. Mâte à mort des tribunes, le temps s'est figé à 13 minutes 27 sec. et ondizième au grand dégringolequotta du chrono. Tu peux admirer maintenant le dompteur qui s'est fait maître du temps par la force de ses jarrets tels de pierre. C'en est fait, le vélodrome va vomir ses occupants, la nasse fonctionne, l'illusion collective est régénérée. Au Moyen Age, quand la peste approchait, on mettait un terme à l'angoisse en nommant cause du mal, les lépreux, les étranges et les sorcières. Raser Bercy, c'est encore de l'exorcisme. Ras le bol des inquisiteurs et autres paranos ...